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La technique au service de l'émotion : échange avec Denis Lemonne

Senior manager concepts et supports, Denis Lemonne conçoit et réalise des animations depuis plus de 20 ans chez Disney Business solutions. A la tête d’une équipe de 57 personnes, il réalise des prouesses chaque semaine avec un plaisir toujours intact

Comment faites-vous pour trouver toutes ces idées d'animations, de mise en scène?

Si le client ne sait pas exactement ce qu’il veut, on commence par le sonder : savoir ce qu’il a envie de voir ou pas lors de son événement. A partir de là, notre bureau d’études, qui compte 5 concepteurs reconnus pour leur savoir-faire, écrit l’histoire qu’il veut raconter. Ce sont eux qui définissent le fil rouge autour duquel se construit l’événement, tant d’un point de vue scénaristique que technique. C’est le résultat d’un travail collectif, au sein du bureau d’études. Chacun a son mot à dire et ça brainstorme beaucoup. J’invite mes équipes à rester créatives, à penser hors cadre.

D’autant que les temps impartis sont très courts. Nous avons rarement l’occasion de faire 2 fois bonne impression : en franchissant la porte, l’effet doit être immédiat. C’est pour ça que je dis toujours à mes équipes : « il faut mettre l’argent là où ça se voit »

Qu’importe si la mécanique ne tient que le temps de la soirée. On ne stocke rien : contrairement aux spectacles des parcs, nos concepts sont éphémères.

Comment faire pour constamment se réinventer, ne jamais se répéter ?

Pour trouver de nouvelles idées, je me demande vraiment ce qui pourrait m’épater moi en tant que professionnel. Et pourtant j’en ai vu beaucoup. Mais je m’interroge sur ce que je pourrais mettre au point, en conservant pour cela une âme d’enfant. Comme si je concevais de nouveaux jouets. Pour cela je cours les salons, je regarde plein de spectacles sur Internet. Je dois rester à l’affût de tout ce qui sort.

J’ai la chance de faire un métier qui me plaît et j’aime les défis. Quand un client nous soumet une idée audacieuse, nous allons tout mettre en œuvre pour trouver des solutions pour nous approcher de ce qu’il a en tête, et si ça nécessite d’inventer des nouvelles solutions : tant mieux ! Bien entendu, il faut aussi coller à la réalité : une idée formidable hors budget n’est pas une si bonne idée que ça. Il faut savoir revenir sur terre… mais sans niveler par le bas, jamais.

Nous participons à des appels d’offre en permanence. Et parfois cela se déclenche très vite. Les délais pour produire les événements sont de plus en plus courts. Nous devons être en mesure de réagir très vite, et de mobiliser tout le bureau d’études en un rien de temps. D’où l’intérêt d’être entouré de passionnés, de collaborateurs de confiance.

Depuis que vous êtes dans le métier, quelle innovation a vraiment changé la donne ?

Je répondrais sans hésiter : la vidéo. Cela a bouleversé la façon de faire de la mise en scène. Le mapping surtout, qui consiste à raconter une histoire en projetant des images sur une façade. Il y a 20 ans, on bricolait, on faisait du Méliès : Pour Halloween en 2002, on avait peint des plaques de verre anti caloriques que l’on avait placées devant d’énormes projecteurs dirigés sur le Château de la Belle au Bois Dormant. Et encore, il s’agissait d’images fixes.

La lumière aussi a évolué en parallèle, on est passés des projecteurs à lampes aux systèmes à LED à faible consommation, que l’on peut aujourd’hui disposer un peu partout.

>Pour la dernière édition d’Electroland, au Parc Walt Disney Studios en juin, nous avons conçu un mapping en 3D de 4h sur la Tour de la Terreur avec des images d’une qualité exceptionnelle en 4K. Cela nous a demandé plusieurs mois de travail, avec des ordinateurs qui tournent jour et nuit.

>Regardez également l’évolution technologique apportée à un simple feu d’artifice qui devient aujourd’hui un spectacle pyrotechnique alliant images, effets spéciaux, lasers et lumières, à l’image de notre Bonfire sur le Lac Disney.

Il y a 5 ans, ces évolutions étaient encore impensables, on avait besoin d’un moodboard, d’un super laius, de dessins et de plans de la salle. Aujourd’hui, le client veut pouvoir s’immerger dans nos propositions commerciales, visiter son événement en 3D avant de l’acheter.

Toutes ces technologies nous permettent d’imaginer toujours plus de choses dans la mise en scène, d’aller plus loin dans l’immersion. Mais nous ne sommes pas dans la surenchère permanente. Même si la vidéo est devenu un outil incontournable, nous privilégions toujours le storytelling, la manière de raconter les histoires.


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